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La petite histoire du drapeau de la France

Des milliers de drapeaux Bleu-Blanc-Rouge sont brandis sur les Champs-Elysées par des milliers de Français Blacks-Blancs-Beurs à l’occasion de la victoire de la France, le dimanche 12 juillet 1998, à la Coupe du monde de football.
Le 1er octobre 1998, le journal Libération raconte qu’Ewen, 11 ans, élève d’une école privée bretonne, "crache sur les voitures qui arborent un autocollant Bleu-Blanc-Rouge”.
L’édition 1985 des Programmes de l’école élémentaire définit ainsi la mission civique des Instituteurs: «L'éducation civique apprend à l’enfant qu’il ne vit pas seul, qu’il procède d’une histoire, qu’il a des droits reconnus mais aussi des devoirs. Eminemment morale, l’éducation civique développe l'honnêteté, le courage, le refus des racismes, l’amour de la République.” La République, sa Devise - Liberté Egalité Fraternité - la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, le Drapeau Tricolore, la Fête Nationale, La Marseillaise, le Président de la République figurent dans les programmes de l'école élémentaire de 1995.
Le drapeau tricolore qui flotte sur la façade de l’école Jean-Jaurès depuis le 12 novembre 1998 (privilège des écoles publiques et symbole de leur caractère propre) est le seul emblème officiel de la France actuelle.
Défini par l’article 2 de la Constitution de la Cinquième République (1958), il est issu de la cocarde tricolore née pendant la Révolution Française. Très à la mode à cette époque, les cocardes étaient purement décoratives ou bien indiquaient par leur(s) couleur(s), l’adhésion à telle ou telle idée, l'attachement à telle ou telle personne ou l’appartenance à tel ou tel club, cercle ou mouvement. Le Blanc était la couleur des Rois ("Ralliez-vous à mon panache blanc, vous le trouverez toujours au chemin de l'honneur et de la victoire" Henri 1V-1590), le Bleu et le Rouge étaient les couleurs de Paris. A l’origine, l’association des trois couleurs symbolisa l'union du Roi et du peuple. Le 17 juillet 1789, Le Roi Louis XVI se rendit à l’Hôtel de Ville de Paris pour reconnaître dans leurs fonctions Jean-Sylvain Bailly, élu maire de la ville le 16, et le Marquis de La Fayette, nommé le 15 commandant de la Garde Nationale créée le 13 pour maintenir l’ordre dans la capitale. Les deux hommes s’attribuent dans leurs mémoires la paternité de la cocarde tricolore qui serait officiellement née ce jour là. D’après La Fayette, c'est lui qui, lors de la présentation de la Garde au Roi, aurait proposé à ses soldats qui arboraient une cocarde aux couleurs de Paris, le port d’une cocarde tricolore - le bleu et le rouge de la Municipalité entourant le blanc de la Royauté - en s’exclamant: "Je vous apporte une cocarde qui fera le tour du monde". D’après Bailly, c’est lui qui aurait tendu au Roi une cocarde tricolore, tout en l'accueillant par ces mots: "Sire, Henri IV avait reconquis son peuple, aujourd'hui le peuple a reconquis son Roi". D’après certains témoins, c’est le Roi lui-même qui, en geste de conciliation, aurait associé un ruban bleu et rouge qu’on lui remit, à la cocarde blanche qu’il portait déjà.
Adoptée par beaucoup, la cocarde tricolore fut déclarée “Nationale” par l’Assemblée Constituante, le 10 juin 1790, et les trois couleurs connurent leur apothéose lors de la fête de la Fédération qui se déroula le 14 juillet 1790, un an après la Prise de la Bastille, sur un Champ de Mars entièrement pavoisé de bleu, de blanc et de rouge. Pendant cette fête unitaire à la gloire de la Révolution, après une messe solennelle célébrée par l’évêque Talleyrand et trois cents prêtres ceints d’une écharpe tricolore, La Fayette prononça le serment “qui unit les Français entre eux et les Français à leur Roi pour défendre la liberté, la constitution et la loi”. Tout comme le Roi, la Reine, parée de plumes tricolores, jura fidélité à la nation et à la loi.
Le 15 février 1794, la Convention Nationale décréta que pour tous les vaisseaux de la République le pavillon serait désormais le même: trois bandes verticales Bleu-Blanc-Rouge. Ce nouveau pavillon devint progressivement le drapeau de la France. Après une interruption de 15 années pendant les Restaurations (1814-1815-1830: retour des Rois => cocarde et drapeau blancs), il fut l'étendard de la Révolution de juillet 1830 ("La Liberté guidant le peuple" peinte par Delacroix). Le Roi des Français de 1830 à 1848, Louis-Philippe 1er, ordonna le retour des couleurs nationales et le drapeau tricolore redevint alors définitivement le drapeau officiel de la Nation.
Très menacé pendant la Révolution de février 1848, le poète Lamartine prit sa défense et le sauva. A l'Hôtel de Ville de Paris, il s’adressa ainsi aux extrémistes qui voulaient le supprimer et le remplacer par un drapeau rouge:
“Citoyens, vous pouvez faire violence au gouvernement. Vous pouvez lui commander de changer le drapeau de la nation et le nom de la France, si vous êtes assez mal inspirés et assez obstinés dans votre erreur pour lui imposer une république de parti et un pavillon de terreur. Le gouvernement je le sais est aussi décidé que moi-même à mourir plutôt que se déshonorer en vous obéissant. Quant à moi jamais ma main ne signera ce décret! Je repousserai jusqu’à la mort ce drapeau de sang, et vous devriez le répudier plus que moi! Car le drapeau rouge que vous nous rapportez n’a jamais fait que le tour du Champ-de-Mars traîné dans le sang du peuple en 1791 et en 1793, alors que le drapeau tricolore a fait le tour du monde avec le nom, la gloire, et la liberté de la patrie!” Des “Vive le drapeau tricolore!” l'interrompirent.
En 1873, le Comte de Chambord refusa de devenir Roi de France avec le drapeau tricolore, symbole de la souveraineté populaire, et sans le drapeau blanc, symbole de la monarchie de droit divin: “Quant au drapeau tricolore, vous entendez bien, jamais!” Le poète Victor Hugo évoqua ce refus dans ces cinq jolis vers: “C’est bien! L’Homme est viril et fort qui se décide / A changer sa fin triste en un fier suicide / Qui sait tout abdiquer hormis son vieil honneur / Et qui se sentant grand, surtout comme fantôme, / Ne vend pas son drapeau, même au prix d’un royaume.” La 3ème République, proclamée en 1870, devint donc officielle en 1875 et confirma le drapeau "Bleu-Blanc-Rouge".
Unique emblème de la France, il est porteur d’une force symbolique très importante. Symbole des innombrables victoires de La Révolution et de l’Empire (1789-1814-1815), symbole de l'héroïsme et du sacrifice des poilus de la 1ère guerre mondiale (1914-1918), symbole de la France libre et résistante de la 2ème guerre mondiale (1939-1945), symbole de la liberté dans le monde entier, symbole de l’unité nationale et propriété de tous les Français, le drapeau Bleu-Blanc-Rouge symbolise aussi un indispensable devoir de mémoire, qui ne doit pas se limiter aux souvenirs honteux de la France.
"Pendant la 2ème guerre mondiale, dans la ville occupée par l’ennemi qui en revendiquait la possession, l'instituteur nous apprenait "La Marseillaise" et "Le Chant du départ". En juillet 1944, j'ai vu pendre à des lampadaires, à cent mètres de chez moi, deux "francs-tireurs et partisans français". Et les allemands casqués pointaient leurs fusils sur nos fenêtres. Le jour de la Libération, j’ai couru de barricade en barricade, et mon père portait un brassard tricolore. Au pied des lampadaires on avait déposé des gerbes de fleurs et une affichette: "Morts pour la France” écrit Max Gallo dans "L'amour de la France expliqué à mon fils".

Mars 1999 M. Barbe

 

 

 

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